
Le fil de cuivre a disparu sous l'écorce à un endroit précis, sur une branche que j'ai formée l'an dernier, et quand mon doigt passe dessus il ne sent presque plus le métal : seulement une petite crête dure, la preuve que le bois a fini par accepter la forme qu'on lui a donnée.
Avant d'aller plus loin, un mot sur la manière dont ce carnet se finance : certains liens vers du matériel ou des lectures que j'utilise vraiment pour l'entretien de mes plantes sont des liens affiliés, ce qui me verse une petite commission sans rien changer à ce que vous payez. Je n'écris ici que ce qui a une vraie place chez moi, entre un érable du Japon têtu et ce jardinage plus réfléchi qu'efficace qui convient si bien à qui débute avec un bonsaï.
Le pot dans lequel il est arrivé
Celui-ci vient d'une brocante, un dimanche à la Brocante de l'Allée du Lac, à Angers, posé par terre entre des piles de vaisselle dépareillée et un vélo sans selle. Le vendeur ne savait pas grand-chose de l'espèce ; l'étiquette en plastique fichée dans la terre disait juste Acer palmatum, et les feuilles, encore accrochées par endroits, avaient ces lobes fins qui m'ont fait craquer sur place. Quelle espèce choisir pour se lancer est en soi toute une question, que je laisse de côté ici — ce jour-là, je n'ai pas réfléchi, j'ai acheté.
Le pot qui l'accompagnait n'avait rien d'élégant — du plastique noir fendu sur un bord, le genre qu'on jette d'habitude sans y penser. Ce genre d'achat impulsif ne me ressemble pourtant pas : j'avais tenté le scrapbooking un temps, avant, une lubie qui m'avait lassée trop vite, et je me méfie en général de mes emballements. Cette fois pourtant, rentrée à la maison, impossible de m'en défaire : le pot fendu est resté sur la table de la cuisine quelques jours, le temps que je décide quoi en faire. C'est là qu'a commencé, sans que je m'en rende vraiment compte, la comparaison qui allait occuper une bonne partie de mon année : garder ce pot d'origine encore un peu, ou basculer tout de suite vers autre chose.
Pour m'aider à trancher, j'ai fini par ouvrir un guide qu'on m'avait conseillé au détour d'une conversation, Cultiver l'harmonie en cultivant les Bonsaïs [Le coup de cœur], plus pour calmer mon impatience que pour apprendre une technique précise. Ce que j'y ai lu rejoint une idée que j'ai fini par vérifier moi-même avec ce pot fendu : la question n'est presque jamais « que faire », mais « quand ».
Fallait-il le sortir de ce pot tout de suite ?
Lionel, un passionné de miniaturisation que j'ai croisé lors d'une journée de club, m'a envoyé une photo un soir d'hiver : deux de ses érables côte à côte, l'un tout juste rempoté, l'autre laissé stoïquement dans son pot de pépinière depuis des mois. Il voulait mon avis, comme souvent, avec cette manie qu'il a de photographier chaque étape de ses arbres pour comparer ensuite. Sa question a rejoint la mienne. Choisir le pot définitif — sa forme, sa matière — et décider combien de racines couper le jour venu sont deux choix que je prends toujours séparément l'un de l'autre, et qui mériteraient chacun leur propre carnet plutôt qu'un paragraphe ici.
Deux options s'offraient donc à moi, et elles ne demandaient pas le même genre de courage. Laisser l'arbre dans son pot d'arrivée, c'est accepter de ne rien voir bouger pendant un moment, en espérant que les racines profitent du répit. Le changer tout de suite, c'est risquer un stress supplémentaire sur un sujet déjà fragilisé par le voyage depuis la brocante, mais aussi lui offrir plus vite un substrat qui respire mieux que la terre compacte d'origine.
J'avais déjà creusé cette tension ailleurs, dans un texte plus personnel sur ma philosophie de l'art du bonsai pour trouver le calme intérieur, où j'essayais de dire pourquoi attendre ne me semble jamais être perdre du temps. Avec ce pot fendu sous les yeux, l'idée devenait moins abstraite.
Ce que j'ai laissé tranquille
J'ai choisi d'attendre, au moins pour le pot. L'arbre est resté dans son contenant fendu tout l'hiver, posé sur le rebord d'une fenêtre plein est, et je n'ai touché ni aux branches ni aux racines avant que les premiers bourgeons rouges ne pointent. Les coupes de structure et le pincement des bourgeons suivent une logique à part que je garde pour un autre carnet ; ici, il s'agissait seulement de regarder venir. Ce que je surveillais surtout, à cette période, c'était la base de l'arbre — j'ai depuis creusé la question dans un texte sur améliorer le nebari d'un bonsai au fil des saisons, tant cette partie invisible sous la terre compte.
Attendre n'a pourtant pas été payant sur toute la ligne. Deux jeunes pousses, à l'ombre du pot fendu qui retenait mal l'humidité sur un côté, ont fini par sécher avant même de dérouler leurs feuilles — un détail que j'aurais sans doute évité avec un contenant plus stable. L'observation seule ne suffit pas toujours ; parfois, c'est le geste qui manque au bon moment.
Rempoter et arroser un érable du Japon autrement
Au printemps, j'ai fini par changer le pot — pas celui de Lionel sur la photo, le mien. Le nouveau contenant en terre cuite est allé rejoindre la table basse sous l'auvent de la cour, dehors, pendant que l'hiver suivant se passerait plutôt sur le rebord intérieur. J'ai nettoyé mon petit greffoir avant de couper quelques racines, sans m'attarder sur la manière exacte de le faire — ce sera pour un autre jour. Ce qui m'a marquée, ce soir-là, c'est ce résidu de terre sèche resté coincé sous mes ongles bien après avoir fini, alors que je préparais le dîner sans y penser.
L'arrosage a changé avec le pot, forcément, même si le rythme exact — combien de fois, à quel moment de la journée — reste un sujet que je n'ouvre pas ici. Depuis que j'ai vu blanchir le bord du pot avec l'eau calcaire du robinet, j'arrose avec l'eau stockée dans un vieux tonneau, une habitude que je raconte plus longuement dans Pourquoi j'ai choisi d'arroser mon bonsai avec de l'eau de pluie. Le substrat akadama que j'ai choisi pour ce rempotage retient cette eau autrement qu'une terre ordinaire, sans la garder captive contre les racines. L'humidité de l'air une fois l'arbre rentré pour l'hiver, et l'endroit exact où le poser selon la saison qui vient, sont deux questions cousines de celle-ci, que je laisse pour d'autres pages.
Deux pots, une seule habitude qui reste
En été, le pot en terre cuite reçoit la même douche de fin de journée sur le feuillage que je donnais autrefois à travers le plastique fendu, pour faire retomber la chaleur. Mon amie Michèle est passée l'autre jour, en coup de vent comme toujours, une bouture d'on-ne-sait-quoi à la main, posée sur la table sans prévenir avant qu'elle reparte aussi vite. Elle ne pratique pas le bonsaï, mais la lenteur du geste la retient chaque fois un peu plus longtemps sur le pas de la porte.
Ce que deviendra l'arbre une fois les feuilles tombées et le repos hivernal installé est encore une autre affaire, que je raconte ailleurs plus en détail. Ce que je retiens de cette année à comparer deux pots, deux façons de faire, c'est plus simple qu'il n'y paraît : laisser un arbre dans son pot d'arrivée a du sens quand ses racines semblent calmes et que rien ne presse, mais dès qu'un signe de stress apparaît — une pousse qui sèche, un substrat qui ne respire plus — mieux vaut changer tôt que tard, même si le geste fait un peu peur la première fois.
Pour les lecteurs venus ici avec aussi l'envie d'un coin nourricier, ce n'est pas mon terrain : le sujet est traité en détail ailleurs, notamment dans 300 kg de fruits et légumes par an au potager [Pour aller plus loin], pendant que je reste avec mes deux pots et mon érable. Si un guide devait m'accompagner encore longtemps dans cette manière de chercher l'accord plutôt que la performance, ce serait Cultiver l'harmonie en cultivant les Bonsaïs — pas pour la technique qu'il contient, mais pour le rythme qu'il autorise.