Deux trous de drainage sous le pot, pas un de plus : c'est la première chose que Lionel Ferroux a remarquée sur la photo que je lui ai envoyée de mon genévrier bonsai en extérieur, et c'est la question qui revient le plus souvent chez les débutants passionnés qui m'écrivent pour parler entretien bonsai. Avant ce genévrier, j'avais pris un abonnement à la salle de sport pour me calmer les nerfs, annulé au bout de trois semaines parce que je n'y trouvais aucun rythme qui me convienne. Avec cet arbre, j'ai fini par trouver une patience végétale que je ne savais pas chercher ailleurs.
Un mot avant d'aller plus loin : ce carnet contient des liens affiliés, et quand un achat passe par l'un d'eux, je touche une petite commission sans que ça change votre prix. Je ne parle ici que de ce que j'utilise vraiment dans mon coin de verdure — genévrier compris.
Un genévrier bonsai en extérieur, ça vit dehors toute l'année ?
Pas tout à fait, et c'est souvent ça qui surprend ceux qui débutent. Chez moi, dans un bourg du Lot, au cœur du Quercy, il n'y a pas de serre : l'été, l'arbre reste sur la table basse calée sous l'auvent en fibrociment, côté cour, posée à même des dalles calcaires qui gardent la chaleur du jour bien après le coucher du soleil. L'hiver, il remonte sur une planche de bois brut installée sur le rebord de la fenêtre qui regarde le levant — pas pour le mettre au chaud, seulement pour l'abriter du pire.
Michèle a passé la porte l'autre jour avec une bouture qu'elle ne m'avait pas annoncée — elle fait toujours ça, c'est une habitude entre nous — tout juste rentrée d'un week-end au Parc Oriental de Maulévrier, en Maine-et-Loire. Elle jardine ses légumes depuis toujours mais n'a jamais touché un bonsai, et en voyant mon Juniperus chinensis sur le rebord, elle m'a demandé tout net pourquoi je ne le rentrais pas carrément au salon avec ses propres boutures. Le genévrier a besoin du froid pour passer son repos naturel, et le lui refuser l'épuise en silence, plus sûrement qu'un oubli d'arrosage.
Sous le givre qui a recouvert les aiguilles au premier vrai givre de la saison, j'ai eu le réflexe idiot de vouloir rentrer le pot au chaud avant de me raviser. Le feuillage a viré au bronze quelques jours plus tard, une teinte que je n'avais jamais vue avant cet arbre-là, et qui a fini par me rassurer plus qu'elle ne m'a inquiétée.
Le test du poids : comment savoir s'il a soif
Soulever le pot est devenu un réflexe avant même de regarder la terre. Un calendrier d'arrosage ne veut rien dire quand l'air est saturé d'humidité un jour et sec le lendemain ; le poids, lui, ne ment pas.
Ce bruit mat, le pot en terre cuite qui retombe sur la dalle calcaire quand je le repose, j'ai fini par l'associer au poids que je viens de soupeser — plus sourd et plus lourd quand la terre est encore gorgée, plus sec et presque creux quand il est temps d'arroser. Sous le pot, je vérifie aussi que les deux trous de drainage ne sont pas bouchés, par la terre ou par le gel selon la saison : c'est bête, mais ça change tout.
La ligature va plus vite que l'arbre
Lionel m'a envoyé une photo, un soir, d'une branche qui pendait sans vie sur l'un de ses arbres. Il avait posé un fil de cuivre pour corriger une branche latérale, pressé par l'envie de voir une forme se dessiner tout de suite, et le bois avait cédé sous la tension.
Je lui ai répondu ce que je me répète à chaque fois que l'impatience me gagne devant un arbre : la précipitation est mauvaise conseillère avec un être vivant qui pousse à son rythme, pas au nôtre. Pour aller plus loin sur la suite à donner, je lui avais partagé l'article sur que faire face à une branche de bonsai qui sèche subitement, qui explique ça mieux que moi.
Pourquoi pincer à la main plutôt qu'aux ciseaux ?
Pincer les nouvelles pousses de genévrier entre le pouce et l'index, plutôt qu'aux ciseaux, évite que la coupe nette ne brunisse au contact du métal et n'abîme l'allure de l'arbre.
L'odeur de résine qui reste collée sur mes doigts pendant des heures après ce geste est devenue, sans que je l'aie cherché, l'un des petits plaisirs du printemps, une sorte de preuve que j'ai vraiment mis les mains dans l'arbre, pas seulement regardé de loin.
Tenir le coup pendant les grosses chaleurs
Même à l'ombre de l'auvent, les dalles calcaires de la cour emmagasinent une chaleur qui redescend à peine la nuit, et un arrosage pensé pour un climat tempéré ne suffit plus dès que le thermomètre s'emballe en été dans le Lot. Un rythme quotidien, suffisant au printemps, devient parfois insuffisant deux fois sur trois.
La pouzzolane humide, disposée en lit sous le pot, a changé la donne en créant un petit volume d'air plus frais autour des racines. J'ai aussi appris à lire la brillance des écailles : quand elles ternissent, l'urgence est là, bien avant que la terre ne paraisse sèche au toucher. Pour qui manque de place et compose avec un coin de verdure modeste, j'avais écrit quelques réflexions sur comment cultiver l'harmonie avec ses arbres malgré un petit espace, et j'y reviens chaque été.
Ce qui reste, une fois l'été passé
Les arbres qui vivent dehors toute l'année portent des traces : une branche qui n'a pas tenu, une zone de feuillage un peu plus clairsemée qu'ailleurs. Je me souviens d'être restée accroupie, sans bouger, devant une pousse minuscule qui perçait entre deux feuilles mortes au pied du tronc, plus longtemps que je ne saurais dire, le genre de moment qu'on n'explique pas vraiment à quelqu'un qui ne jardine pas. Chez moi comme chez Lionel, ces marques et ces petites repousses finissent par faire partie du dessin général de l'arbre plutôt que de le gâcher.
Pour qui veut commencer avec un socle solide plutôt qu'à l'aveugle, je recommande volontiers Cultiver l'harmonie en cultivant les Bonsaïs, un ouvrage qui met l'accent sur le geste plutôt que sur la performance et qui se marie bien avec un carnet hebdomadaire. Le prix est à vérifier sur la page du vendeur, car il varie selon les éditions. Si l'envie vous prend aussi de cultiver de quoi garnir votre table, il existe aussi un ouvrage sur le potager généreux, pensé pour ceux qui veulent allier la patience du bonsaïste à celle du jardinier nourricier. Ce sujet-là, je le laisse volontiers à d'autres pages de ce site. C'est une philosophie que je développe aussi dans mes notes sur ma philosophie de l'art du bonsai pour trouver le calme intérieur.
Si l'envie de se lancer vous titille, n'attendez pas de tout maîtriser avant de commencer. Prenez un arbre, observez-le, laissez-le vous raconter ses saisons à son rythme plutôt qu'au vôtre. Vous pouvez retrouver le guide que j'utilise ici : Cultiver l'harmonie en cultivant les Bonsaïs, et le reste suivra, doucement.