Patience au Jardin

Reconnaître les styles de bonsai pour débutant avec simplicité

2026.10.11
Bonsaï présentant un tronc incliné, exemple de styles bonsai et d'esthétique japonaise pour débutant

Il n'est pas certain que mon érable doive vraiment se plier à une des cinq figures classiques pour mériter le nom de bonsaï. Je laisse la question ouverte, parce qu'elle m'a longtemps empêchée d'avancer, et qu'elle bloque encore beaucoup de débutants qui arrivent à cette discipline en pensant qu'il existe une seule bonne façon de faire. On parle des styles de bonsai comme on parlerait d'un code à respecter à la lettre, avec une esthétique japonaise figée dans le marbre. Pourtant ce malentendu abîme plus d'arbres qu'il n'en sauve, et il vaut la peine de le démonter avant de parler d'harmonie ou d'entretien pour débutant.

Le malentendu qui paralyse tant de débutants

Avant le bonsaï, j'avais essayé le jardinage ordinaire sur un balcon : tout poussait trop vite, dans tous les sens, et je ne savais plus où donner de la tête ni quoi faire de cette croissance débridée. Le petit arbre dans son pot m'a séduite pour la raison inverse, sa lenteur. Mais j'ai vite reproduit la même erreur de posture, celle de vouloir que l'arbre obéisse à un schéma au lieu de regarder ce qu'il faisait déjà. Le mot bonsai lui-même ne dit rien de plus que bon, le pot, et sai, l'arbre ; aucune case obligatoire n'est inscrite dans cette étymologie. Les noms japonais, Chokkan, Moyogi, Shakan, Kengai, Han-Kengai, sont arrivés après l'arbre, pas avant lui. Un débutant qui force son jeune pin à entrer dans le style qu'il préfère sur une photo finit souvent par casser une branche qui aurait pu, avec un peu de temps en plus, trouver seule sa direction.

Gros plan sur l'écorce d'un tronc de bonsai et une jeune branche, détail utile pour reconnaître un style bonsaï

Les cinq styles ne sont pas des cases à remplir

Un dimanche matin, place du marché de Saumur, un exposant avait aligné une dizaine d'arbres sur une table, chacun maintenu par un fil de cuivre tendu selon un angle précis, comme pour prouver qu'il existait une bonne et une mauvaise inclinaison. J'ai pourtant appris à voir ces cinq styles de bonsai autrement : l'arbre droit et sans défaut, le Chokkan, que presque aucun jeune sujet ne peut tenir sans qu'on le force ; l'arbre ondulé, le Moyogi, qui ressemble à la plupart de ceux qu'on croise en forêt ; l'arbre penché, le Shakan, nettement incliné, presque comme s'il avait toujours poussé contre un vent du large ; et les deux arbres tombants, Kengai et Han-Kengai, qui descendent sous le rebord du pot comme s'ils cherchaient une falaise invisible. Aucun chiffre d'angle ne devrait décider à la place de l'arbre : ce sont des noms qu'on pose après coup, pour décrire ce qu'un tronc a déjà choisi de faire, pas des moules dans lesquels on coule une jeune pousse.

Trois styles de bonsai différents disposés sur une étagère en bois, illustrant l'harmonie des styles bonsai et l'esthétique japonaise

Et si le vent avait déjà choisi pour l'arbre ?

Mon voisin Roger Daubigny pratique depuis plus longtemps que moi, ici dans ce bourg du Lot, au cœur du Quercy, et il parle peu, mais il montre volontiers ses arbres quand on les lui demande. Un soir où il m'en a montré un sur sa terrasse, il ne ressemblait vraiment à aucun style de manuel, et pourtant il tenait debout avec une évidence tranquille. Les branches avaient suivi la lumière, le tronc avait épaissi du côté qui portait le plus de poids, un peu comme je le détaille dans mes astuces pour améliorer le nebari d'un bonsai au fil des saisons, où plus un tronc penche, plus les racines visibles doivent sembler ancrées du côté opposé pour que l'ensemble tienne debout. C'est en le regardant que j'ai compris la vraie question à se poser avant de nommer un style : qu'est-ce que cet arbre a déjà fait, avant que je décide quoi que ce soit pour lui ?

Brumisation d'un bonsai de style penché (Shakan) sous la lumière dorée, geste d'entretien pour débutant

Regarder avant de corriger

Huguette, ma voisine d'en face, est venue un matin me demander si son jeune genévrier était raté parce que le tronc partait franchement sur le côté. Elle arrose toujours un peu trop généreusement, par réflexe de potager, et je crois qu'elle s'attendait à ce que je lui dise comment redresser la branche de force. Je lui ai répondu le contraire : rien n'est raté, ce tronc penché a peut-être simplement trouvé son style Shakan tout seul, et le travail consiste à l'accompagner plutôt qu'à le punir. Le petit claquement sec des ciseaux qui referment une ramure trop fine, ce bruit presque rien, m'a rappelé ce jour-là que corriger un arbre, c'est choisir une direction qu'il a déjà esquissée, jamais lui en imposer une nouvelle. La vraie règle, celle qui vaut pour toutes les ligatures et toutes les tailles de structure, tient en une phrase : on observe la forme existante avant de décider quoi que ce soit, et on ne redresse jamais un tronc pour qu'il corresponde à un nom plutôt qu'à ce qu'il montre déjà.

Cicatrice de ligature sur la branche d'un érable bonsai, trace qui révèle parfois un style bonsaï inattendu

Une grille à ranger, un regard à garder

La cicatrice argentée qu'on voit parfois sur une branche de bonsai, là où un fil a marqué l'écorce, n'est pas une faute à cacher : c'est souvent la trace d'un choix de style qui a fini par prendre, une fois la plaie refermée. Le même style ne se lit pas non plus de la même façon selon l'espèce choisie au départ, selon l'exposition qu'on lui donne, ou selon la saison où on l'observe : un arbre qui semble figé en plein hiver, pendant le repos de la dormance, peut reprendre un mouvement tout différent au printemps suivant. J'ai aussi appris, en observant mes arbres, que respecter le cycle naturel d'une espèce aide bien plus qu'un forçage, comme je le raconte dans mes notes sur l'entretien d'une azalée bonsai et sa floraison. Même le choix de la face qu'on présente au regard, celle qu'on appelle la face avant, change complètement l'impression de style sans qu'on ait touché à une seule branche.

Aujourd'hui, je sais nommer un Kengai en le voyant, mais je garde ces cinq noms comme des repères de lecture, pas comme des diplômes. La qualité de l'eau compte aussi dans ce que l'œil perçoit d'un style, et j'ai détaillé ailleurs pourquoi j'ai choisi d'arroser mon bonsai avec de l'eau de pluie, parce que la mousse qu'elle favorise souligne discrètement la ligne d'un tronc penché ou droit. Mes arbres passent l'été dehors, sur la table basse à l'ombre de l'auvent, dans la cour, puis je les remonte dès les premières gelées sur la tablette en bois devant la fenêtre plein est, là où la lumière du matin les réveille l'hiver. C'est justement en rentrant le pot du genévrier avant le premier gel, il y a peu, que j'ai senti qu'il pesait nettement plus lourd qu'au printemps, sans qu'aucun schéma ne m'ait prévenue de ce changement : quelque chose avait travaillé tout seul, sous l'écorce, pendant que je cherchais des catégories. Si une règle de style vous demande de forcer une branche contre ce qu'elle montre déjà, laissez la règle de côté et gardez l'arbre. C'est la seule chose que je retiens vraiment de tout cela : le nom vient après l'arbre, jamais avant.